Analyses
Sahara occidental : le rapport diplomatique entre le Maroc et l’Algérie a-t-il basculé ?
ONU, autonomie, Polisario, Algérie, États-Unis, France, Espagne, UE et UA : état des positions diplomatiques au 5 septembre 2026.
Le Maroc a nettement élargi les soutiens à son plan d’autonomie et obtenu des positions inédites de Washington et Paris. La résolution 2797 du Conseil de sécurité renforce l’autonomie comme base de négociation. Mais elle maintient l’exigence d’une solution mutuellement acceptable assurant l’autodétermination : elle ne constitue pas une reconnaissance onusienne de la souveraineté marocaine.
Ce que l’ONU a réellement décidé
Adoptée le 31 octobre 2025 par 11 voix pour, zéro contre et trois abstentions, la résolution 2797 renouvelle la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026. Elle soutient des négociations prenant la proposition marocaine d’autonomie comme base, tout en visant une solution juste, durable et acceptable par les parties qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.
Ce texte est favorable à la méthode marocaine, mais ne ferme pas juridiquement le dossier. La MINURSO reste déployée ; le processus politique reste dirigé par l’ONU.
Carte des positions
| Acteur | Position attribuée | Ce que cela change | Ce que cela ne change pas |
|---|---|---|---|
| Maroc | Souveraineté revendiquée ; autonomie sous souveraineté marocaine | Cadre diplomatique soutenu par davantage d’États | Pas de règlement final de l’ONU |
| Front Polisario | Référendum incluant l’indépendance ; revendication de la RASD | Reste l’autre partie reconnue au processus onusien | N’administre pas la majorité du territoire |
| Algérie | Soutien au Polisario et à l’autodétermination ; se présente comme pays voisin | Appui politique, diplomatique et accueil des réfugiés près de Tindouf | L’ONU ne remplace pas le Polisario par l’Algérie comme partie |
| États-Unis | Reconnaissance annoncée en 2020 de la souveraineté marocaine ; soutien à l’autonomie | Gain bilatéral majeur pour Rabat | Ce n’est pas une décision du Conseil de sécurité |
| France | Depuis 2024, présent et avenir du territoire situés dans la souveraineté marocaine | Changement d’une puissance européenne clé | La France rappelle encore le cadre onusien |
| Espagne | Plan d’autonomie qualifié en 2022 de base la plus sérieuse, crédible et réaliste | Rapprochement avec Rabat | Pas une reconnaissance explicite de souveraineté |
| Union européenne | En 2026, une autonomie véritable peut être l’issue la plus réalisable ; processus ONU | Langage plus favorable au plan | Position distincte des États membres |
| Union africaine | La RASD demeure membre ; soutien institutionnel à l’autodétermination | Préserve un espace diplomatique au Polisario | N’impose pas une solution aux Nations unies |

Le Maroc a-t-il gagné du terrain ?
Oui, diplomatiquement. L’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla par plusieurs États africains, arabes et caribéens matérialise un soutien bilatéral. Les positions américaine, française et espagnole pèsent davantage encore. La France indique désormais que le plan d’autonomie est la seule base et situe le territoire dans la souveraineté marocaine ; c’est plus loin que Madrid.
Mais une ambassade ou un consulat est un acte d’un État. Il ne reclassifie pas automatiquement un territoire dans le système de l’ONU. Le nombre de soutiens varie aussi selon qu’on compte reconnaissance de souveraineté, appui au plan, qualificatifs favorables ou simple soutien au processus.

Pourquoi l’Algérie reste centrale

L’Algérie accueille les camps de réfugiés près de Tindouf et soutient le Polisario. Elle affirme défendre la décolonisation et ne pas être partie au conflit ; Rabat considère au contraire son rôle déterminant. La diplomatie onusienne implique le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie dans les consultations, sans effacer la distinction entre parties et voisins.
L’adhésion de la RASD à l’Union africaine maintient un contrepoids institutionnel. Le retour du Maroc dans l’UA en 2017 n’a pas expulsé la RASD ; il a déplacé la confrontation à l’intérieur de l’organisation.
Les changements récents qui comptent
La résolution 2797 est le changement multilatéral le plus important : l’autonomie devient explicitement la base des négociations, mais autodétermination et acceptabilité mutuelle demeurent. En 2026, l’UE a repris ce mouvement en jugeant qu’une autonomie véritable pourrait constituer l’issue la plus réalisable, toujours sous égide onusienne. Les consultations menées par Staffan de Mistura ont repris, sans accord final annoncé au 5 septembre 2026.
Qui est en avance — et sur quel tableau ?
Rabat mène sur le soutien au plan d’autonomie et les gestes bilatéraux. Le Polisario et Alger conservent des leviers dans le cadre de décolonisation, l’UA et le principe d’autodétermination. Dire « victoire définitive » serait faux dans les deux sens. Le prochain basculement réel exigerait un accord accepté ou une décision multilatérale claire, pas une addition de communiqués.
Pour approfondir : à qui appartient le Sahara occidental ?, le rôle de la MINURSO et de l’ONU et les racines du conflit Algérie–Maroc.
FAQ
L’ONU a-t-elle reconnu la souveraineté du Maroc ?
Non. La résolution 2797 prend le plan d’autonomie comme base de négociation, mais demande une solution mutuellement acceptable assurant l’autodétermination.
La MINURSO existe-t-elle toujours ?
Oui. Son mandat a été renouvelé jusqu’au 31 octobre 2026.
La France, l’Espagne et les États-Unis ont-ils la même position ?
Non. Washington et Paris vont jusqu’à la souveraineté marocaine dans leurs positions bilatérales. Madrid soutient le plan comme base la plus sérieuse, crédible et réaliste, dans le cadre de l’ONU.
Sources principales
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