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Maroc–Algérie : pourquoi Rabat attire davantage d’investissements internationaux qu’Alger

IDE, industrie, ports et réformes : les données qui expliquent l’avantage marocain, sans nier les atouts énergétiques et industriels algériens.

Par Rédaction Viva Algérie8 min de lecture
Verdict rapide

En 2024, le Maroc a reçu davantage d’IDE entrants et disposait d’un stock d’investissement étranger nettement supérieur à celui de l’Algérie. Son avantage est surtout visible dans les filières exportatrices diversifiées. L’Algérie conserve toutefois des atouts puissants dans l’énergie, les minerais, la taille du marché et certains projets industriels.

Les derniers chiffres d’IDE

Les fiches pays du Rapport sur l’investissement dans le monde 2025 de la CNUCED donnent une comparaison homogène. En 2024, les entrées d’IDE ont atteint 1,639 milliard de dollars au Maroc, contre 1,439 milliard en Algérie. Le Maroc progressait de 55,4 % sur un an, l’Algérie de 18,3 %. Les flux restent volatils : en 2022, le Maroc avait reçu 2,260 milliards, tandis que l’Algérie n’en recevait que 255 millions.

Le stock d’IDE — l’accumulation des investissements antérieurs — creuse davantage l’écart : 61,493 milliards de dollars au Maroc, soit 39,6 % du PIB, contre 38,299 milliards en Algérie, soit 14,5 % du PIB. Les projets greenfield annoncés en 2024 représentaient 7,291 milliards au Maroc et 452 millions en Algérie. Une annonce n’est pas un investissement réalisé : elle mesure l’intention, pas l’argent effectivement injecté.

Tableau comparatif

CritèreMarocAlgérieAvantage observéSource
IDE entrants 20241,639 Md$1,439 Md$MarocCNUCED
Stock d’IDE 202461,493 Md$38,299 Md$MarocCNUCED
Stock d’IDE / PIB39,6 %14,5 %MarocCNUCED
Greenfield annoncé 20247,291 Md$0,452 Md$Maroc, annoncesCNUCED
Ressources hydrocarburesImportateur net d’énergieGrand producteur de gaz et pétroleAlgérieAIE

Pourquoi le Maroc attire des projets plus diversifiés

Des écosystèmes industriels déjà connectés aux clients

Le Maroc a construit des chaînes automobiles autour de Tanger et Kénitra, puis une filière aéronautique à Casablanca. L’Office des Changes chiffre les exportations automobiles 2024 à 157,6 milliards de dirhams, premier poste du pays. Le ministère de l’Industrie décrit aussi des écosystèmes aéronautiques couvrant assemblage, câblage, maintenance et ingénierie. Cela réduit le risque pour un nouvel équipementier : fournisseurs, compétences, douane et donneurs d’ordre sont déjà présents.

La capacité automobile annoncée approche un million de véhicules, mais il s’agit bien d’une capacité industrielle, non de la production annuelle constatée. Cet écart de vocabulaire compte.

Véhicules produits au Maroc prêts à l’exportation à Tanger Med
Des véhicules prêts à l’exportation illustrent le lien entre production et port. Photo : ministère marocain de l’Équipement et du Transport, CC BY 3.0, recadrée.
Carte des zones industrielles et infrastructures de Tanger
Carte documentaire de Tanger Automotive City, Tanger Tech, Tanger Med et de la LGV. Source : Adbar, CC BY-SA 4.0, adaptée et recadrée.

Logistique, ports et plateformes d’exportation

Terminal de l’aéroport Mohammed-V de Casablanca
Casablanca relie les chaînes industrielles aux marchés européens et africains. Photo : Anass Sedrati, CC BY-SA 4.0, recadrée.

Tanger Med, les zones franches et la proximité du détroit offrent des délais courts vers l’Europe. Le Maroc combine cette façade avec des accords commerciaux et une stratégie africaine portée par banques, télécoms, engrais et liaisons aériennes. L’accès n’est pas automatique à tous les marchés, mais une usine exportatrice peut servir plusieurs régions depuis une même base.

Énergie renouvelable et visibilité réglementaire

Le solaire et l’éolien donnent au Maroc un récit industriel crédible pour les entreprises qui décarbonent leur chaîne. Les grands projets d’hydrogène restent, eux, à des stades inégaux : attribution, étude ou annonce ne signifient pas production commerciale. La faiblesse marocaine demeure le coût de l’énergie importée, auquel s’ajoutent le stress hydrique, le chômage des jeunes et des écarts territoriaux.

Pourquoi l’Algérie reste attractive dans certains secteurs

Vue extérieure de l’aéroport international d’Alger
L’Algérie dispose d’un grand marché intérieur et investit dans ses connexions. Photo : Yane Casouf, CC BY-SA 4.0, recadrée.

Réduire l’Algérie à ses hydrocarbures serait une erreur. Le pays possède du gaz, du pétrole, du minerai de fer, du phosphate, une base industrielle, une population nombreuse et un besoin considérable d’équipements. Pour un investisseur dans l’énergie, la pétrochimie, les mines, les matériaux, l’agro-industrie ou la substitution aux importations, le marché algérien peut être plus logique.

Plateforme industrielle offshore en Méditerranée près d’Almería, dans le contexte des connexions gazières algériennes
L’énergie et les infrastructures gazières restent une porte d’entrée majeure pour les partenariats algériens. Photo : horrapics, CC BY 2.0, recadrée ; l’image montre Almería, pas un site en Algérie.

La loi algérienne 22-18 a clarifié les régimes d’incitation. L’Agence algérienne de promotion de l’investissement propose trois régimes et une plateforme numérique. L’enjeu n’est donc pas l’absence de réforme, mais sa traduction régulière dans les délais, le foncier, les autorisations, le financement et la capacité à rapatrier dividendes et devises.

Environnement des affaires : l’arbitrage réel des entreprises

Les sociétés ne choisissent pas un drapeau ; elles calculent un projet. Elles regardent la stabilité des règles, le temps de passage portuaire, la disponibilité de fournisseurs, le coût du terrain et de l’énergie, les compétences, les devises et la distance du client.

  • Automobile, aéronautique et assemblage exportateur : avantage marocain aujourd’hui grâce aux écosystèmes existants.
  • Gaz, pétrochimie, mines et industrie énergivore : avantage potentiel algérien, selon le contrat et l’accès aux intrants.
  • Marché intérieur : l’Algérie offre une demande importante ; le Maroc compense par une intégration exportatrice plus poussée.
  • Afrique : le réseau entrepreneurial marocain est plus ancien ; l’Algérie peut gagner du terrain avec ses corridors sahariens et la ZLECAf.

Ce que chaque pays doit encore améliorer

L’Algérie gagnerait à stabiliser l’exécution administrative, publier davantage de données sectorielles comparables, fluidifier la logistique et garantir une concurrence prévisible. Le Maroc doit monter en valeur ajoutée, former plus de techniciens et d’ingénieurs, réduire sa dépendance aux composants importés, sécuriser eau et énergie et mieux diffuser l’investissement hors des pôles côtiers.

Perspectives 2026–2030

Le scénario le plus probable n’est pas une victoire totale d’un pays. Le Maroc devrait conserver son avance dans plusieurs filières tournées vers l’Europe si ses projets restent livrés à temps. L’Algérie peut réduire l’écart si les réformes de l’AAPI deviennent des résultats mesurables et si les nouvelles infrastructures minières créent des chaînes locales plutôt que de simples flux de matières premières.

Méthode. Les montants d’IDE sont en dollars courants et proviennent de la même édition de la CNUCED. Flux, stock, annonces greenfield, capacité industrielle et production sont volontairement séparés.

À lire aussi : notre comparaison des infrastructures Maroc–Algérie, l’analyse des deux visions économiques du Maghreb et le dossier sur l’énergie et la souveraineté gazière algériennes.

FAQ

Le Maroc reçoit-il toujours plus d’IDE que l’Algérie ?

Non. Les flux annuels varient fortement. En 2024, le Maroc était devant ; en 2023, l’Algérie avait reçu davantage selon la CNUCED.

Tous les investisseurs préfèrent-ils le Maroc ?

Non. Le Maroc attire actuellement davantage d’investissements industriels diversifiés dans plusieurs secteurs exportateurs. L’Algérie peut être plus attractive pour l’énergie, les mines ou un projet visant son marché intérieur.

Pourquoi les annonces greenfield ne suffisent-elles pas ?

Parce qu’un projet annoncé peut être retardé, réduit ou abandonné. Il faut ensuite observer les décaissements, les usines livrées, l’emploi et les exportations.

Sources principales

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